La rentrée est arrivée

Tout est question de rythme et à chacun le sien. Les élèves reviennent imperturbablement au début du mois de septembre, vient ensuite la rentrée littéraire puis celle des musées qui ne débute pas avant l’arrivée de l’automne.

Ces derniers jours plusieurs expositions importantes ont ouvert leurs portes. La première est consacrée à l’un des plus grands peintres des débuts de la Renaissance florentine : Fra Angelico ; le Musée Jacquemart-André et son conservateur Nicolas Sainte Fare Garnaud nous donnent la chance de pouvoir admirer les œuvres du « peintre angélique ». Dominicain à Fiesole, on lui doit des fresques éblouissantes tant au couvent San Marco de Florence qu’à la chapelle nicoline du Vatican. L’objet de la rétrospective est de réinsérer le frère angélique, c’est ainsi qu’on l’a vite appelé, dans le courant des peintres de la Lumière. Mis en regard avec Lorenzo Monaco ou Gentile da Fabriano, Fra Angelico subjugue les conventions habituelles et passe de la peinture figée et iconique du Moyen-âge à un style plus expressif qui caractérise déjà la Renaissance.

Le musée Maillol a choisi de mettre la cité de Pompéi à l’honneur. Intitulée « Pompéi, un art de vivre   », cette exposition est réalisée en collaboration étroite avec la Soprintendenza Speciale per i Beni Archeologici di Napoli e Pompei. Elle permet au public parisien de saisir la richesse de la ville. Figée par l’éruption du Vésuve en 79, la cité a permis aux archéologues de mieux comprendre la vie quotidienne à l’époque impériale. Présenter des œuvres venant de Pompéi aujourd’hui est aussi un acte militant : depuis quelques années, les fresques se dégradent, et en début d’année, la maison des gladiateurs s’est effondrée. S’il faut souhaiter le contraire, il est à craindre que le site ne soit prochainement fermé au public par manque de financement et d’entretien. Peut-être cette rétrospective permettra-t-elle de susciter d’improbables mécènes ?

Enfin, la Pinacothèque de Paris, comme à son habitude, se distingue des autres musées parisiens, en proposant une présentation mêlant art antique et contemporain. « Giacometti et les Etrusques » nous permet de mieux saisir les sources intellectuelles ayant guidé Alberto Giacometti : une exposition intéressante et pédagogique qui montre que même les artistes les plus audacieux ne peuvent créer sans connaître les mouvements qui les ont précédés.

Avant le repos du mois d’août

Les musées parisiens vibrent au même rythme que la ville Lumière. Toute l’année, l’agitation est permanente. En juillet, il diminue progressivement, pour rendre la cité toute calme en août. Les grandes expositions sont à cette image, le 2emois des vacances s’annonce bien long, cependant, soyez rassuré, juillet va vous fournir beaucoup d’occupation.

D’abord, comment ne pas évoquer la magnifique rétrospective Manet à Orsay. Peintre de génie, c’est un révolutionnaire, ami des impressionnistes, héritier direct des romantiques comme Delacroix, ami de Baudelaire et de Mallarmé, il n’est pas seulement le créateur de la sulfureuse Olympia ou du Déjeuner sur l’Herbe, il est aussi un rénovateur de la peinture religieuse du XIXe siècle. Même si les couloirs d’Orsay risquent d’être envahis de visiteurs, le détour s’impose !

Les amateurs d’art contemporain se rassureront facilement car les expositions sont nombreuses. D’abord Van Dongen au Musée d’Art Moderne, mais aussi Miró à la Fondation Dina Vierni. La Fondation Cartier présente une installation d’œuvres d’Afrique occidentale mise en scène par un des grands du design italien, Enzo Mari. Comme souvent dans ce centre du boulevard Raspail, la recherche porte autant sur le thème, ici le vaudou , que sur la muséographie confiée à un artiste. Pour ceux que la création contemporaine rebute, le Louvre présente encore pour quelques semaines une série de tableaux de Rembrandt  intitulée « Figure du Christ ». Centrée sur l’un des chefs-d’œuvre du musée, Les Pelerins d’Emmaus, les commissaires cherchent à rendre les réponses à l’une des questions essentielles de l’art : « A quoi pouvait donc ressembler le Christ ? »

Enfin les passionnés de musique et de cinéma seront servis ! A la cinémathèque, on présente une rétrospective sur l’œuvre de Stanley Kubrick, d’Orange Mécanique à 2001, Odyssée de l’espace en passant par Barry Lindon. Pour finir, c’est Brassens que l’on met à l’honneur à la Cité de la Musique. Une visite rafraichissante dont le sérieux, réel cependant, est masqué par la verve, la culture encyclopédique et l’humour du chanteur.

La saison reprend !

Les mois de janvier et février sont traditionnellement creux, les grands rendez-vous culturels se terminent après les fêtes de fin d’année et il faut un peu de temps avant que de nouvelles expositions réaniment la capitale.

2010 aura tout de même été marqué par le succès mérité de la rétrospective Monet au Grand Palais ; près d’un million de spectateurs sont venus se plonger dans les extraordinaires nymphéas du père de l’impressionnisme. Seulement, l’affluence était telle qu’il fallait faire des heures d’attente avant de pouvoir espérer entrer et les salles étaient tellement fréquentées qu’il était parfois impossible de contempler les œuvres. Peut-être faudrait-il que les organisateurs réfléchissent à un système permettant de concilier ouverture à un public étendu mais aussi qualité de l’observation ?

Aujourd’hui, les musées parisiens affichent pour la plupart des rétrospectives alléchantes. Au Louvre, on nous présente Franz-Xaver Messerschmidt , sculpteur autrichien qui s’est spécialisé dans les têtes de caractères. Grimaçantes, inquiétantes, parfois proches de la folie, elles représentent un coté de l’histoire du XVIIIe siècle sur lequel les historiens se penchent beaucoup aujourd’hui et qui contraste énormément avec l’idée d’ordre et de charme que les toiles de Boucher, Chardin et Greuze ont longtemps véhiculée.

La Pinacothèque de Paris présente deux expositions jumelles, la première, « Romanov, tsars collectionneurs », sur les collections de l’Ermitage puis sur celles du musée de Budapest intitulée « Esterházy, princes collectionneurs ». Quelques uns des grands chefs d’œuvre de ces musées européens sont présentés aux regards des Parisiens qui vont de Raphaël à Rembrandt et de Titien à Poussin.

C’est sans conteste au Luxembourg que se tient à ce jour la plus belle rétrospective de la saison. Elle porte sur Lucas Cranach , peintre de la Renaissance germanique. Marqué par Dürer, artiste moderne par son utilisation massive de l’imprimerie, Cranach est un des géants de la peinture du XVIe siècle. Engagé dans la Réforme au coté de Luther, il est largement tourné vers la peinture religieuse, sans qu’il rechigne à peindre des nus à l’érotisme à peine dissimulé. La réouverture du musée du Sénat se fait sous le signe d’une grande qualité et le début de l’année 2011 apporte à qui le désire toutes les satisfactions culturelles imaginables !

Classique ou romantique?

Le Louvre renoue ces jours-ci avec les grandes expositions. Cette fois, c’est autour d’un thème peu traité, le passage du néoclassicisme au romantisme. Sous le titre « L’Antiquité rêvée », plus d’une centaine d’œuvres illustrent le passage du XVIIIe au XIXe siècle. David, chantre du néoclassicisme voisine sans animosité avec l’énigmatique Füssli dont les tableaux, toujours proches du surnaturel et de la folie, ont inspiré les romantiques.

Cependant, les autres musées parisiens présentent des collections particulièrement intéressantes et il ne faudrait pas qu’elles soient éclipsées par la publicité, méritée toutefois, que l’on fait aux grands établissements comme Le Louvre ou le Grand Palais.

Au Musée Cernuschi sont présentées les photographies prises par les archéologues de l’Ecole française d’Extrême-Orient, alors qu’à Cognac-Jay, c’est Tivoli qui se donne à voir. Cette petite commune des environs de Rome est célèbre pour avoir abrité la somptueuse villa de l’empereur Hadrien, mais aussi la fastueuse demeure du cardinal Hyppolyte d’Este qui est l’un des chefs-d’œuvre de l’hydraulique au XVIe siècle. Pour compléter les découvertes vers l’art contemporain, c’est Basquiat que le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris a choisi de mettre en lumière. De la peinture de paysage du XVIIIe siècle jusqu’à l’art urbain du XXe, le parcours est complet.

Puisque les vacances de fin d’année arrivent, peut-être certains voudront-ils aller en dehors de nos frontières, signalons donc à leur attention les événements majeurs des grands musées européens ; à Londres, Canaletto et l’Egypte sont à l’honneur, alors qu’à l’Albertina de Vienne, c’est Picasso dans un thème des plus intéressants : « Picasso, Guerre et liberté ». A Rome, les Ecuries du Quirinal se tournent vers les peintres du Risorgimento pour les cent cinquante ans de l’unité italienne.

Monet, Lénine et cie... un parcours éclectique

La vie culturelle de ces dernières semaines est d’une très grande richesse et les curieux peuvent satisfaire pleinement leur goût pour les grandes expositions, les concerts, les petites rétrospectives, etc… Voici donc quelques présentations qui sont particulièrement remarquables et dont la visite peut apporter beaucoup. Par la culture et la curiosité, l’esprit s’enrichit et devient plus apte à faire face aux exigences de la vie quotidienne et de ses redoutables épreuves.

Les vacances de la Toussaint sont là pour aller fureter dans le quartier des Champs Elysées où deux magnifiques expositions attendent les amateurs. D’abord la superbe rétrospective Monet , au Grand Palais, qui n’a guère besoin qu’on en parle beaucoup plus tant l’affluence est forte. Il peut y avoir plusieurs heures d’attente avant de rentrer et d’admirer les chefs-d’œuvre exposés. En revanche dans un autre secteur du même lieu, une présentation beaucoup plus confidentielle s’offre aux regards. Avec « La France 1500 » on passe insensiblement du Moyen-âge à la Renaissance et de Jean Bourdichon, le grand enlumineur tourangeaux, au génial Léonard de Vinci. Les œuvres proposées sont exceptionnelles de qualité et le commentaire les entourant tout à la fois simple et exigeant.

Mais le coup de cœur du moment va à une exposition intitulée « Lénine, Staline et la Musique ». Depuis quelques années, les conservateurs de la Cité de Musique ont entrepris de montrer les liens existants entre art et totalitarisme. Cette fois, c’est l’URSS des années 20 à 50 qui est passée au crible de la critique. Chostakovitch, Khatchatourian, Prokofiev sont des grands génies de la musique, personne ne le conteste, et ils ont eu à travailler dans un contexte particulièrement douloureux, celui du stalinisme triomphant. A travers un parcours qui mêle œuvres picturales et musicales, les concepteurs nous mènent au cœur de la Russie rouge et montrent comment on peut traduire un idéal en musique. Une gageure, certes, mais quel défi.

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